En regardant la carte de la Cimade qui fait l'estimation du nombre de places supprimées du Dispositif National d’Accueil en 2025 d'après la circulaire non publiée du 13/11/2024 dans l'article "On prend le même schéma et on recommence", on s'aperçoit que, pour la région AuRA, les places supprimées correspondent à 1,6% du parc, en nombres absolus: 222 places. C'est tout juste si la Haute-Loire (150 suppressions ) ne faisait le boulot à elle seule pour toute la Région. Rien à voir avec Paris qui perd 11.1% de son parc (2506 places).
On nous dira qu'on pleurniche pour pas grand chose.
C'est une question de point de vue. Selon qu'on regarde par le petit ou le gros bout de la lorgnette.
D'abord à notre échelle, à l'échelle des demandeurs d'asile, c'est beaucoup. Ce sont des relations humaines. Ce sont 110 personnes déjà ballottées que l'on va ballotter encore.
Ensuite, ne nous y trompons pas, nos gouvernants avancent à pas feutrés (pour le moment). Ils emploient la technique de la grenouille qu'on réchauffe à petit feu jusqu'à l'ébouillanter sans qu'elle ne cherche à s'échapper.
L'objectif est de revenir sur ce Droit d'Asile qui les gêne tant. On le voit, de loi en loi, de circulaire en circulaire, chaque année, chaque ministre y met sa patte (ou sa pâte?) et rend ce droit toujours plus restrictif.
Pour nous, il ne s'agit pas d'une lutte personnelle de bénévoles dérangés dans leur train-train, du style NIMBY "Not In My BackYard" — ici en l'occurrence YIMBY "Yes In My Backyard" —, mais d'une lutte politique et globale qui nous dépasse. Partout dans le monde, le droit, l'égalité, le social, la paix, le vivant régressent de façon de plus en plus inquiétante. On peut se consoler en disant "on vous l'avait bien dit" depuis une cinquantaine d'années, à la suite de Jaurès, Polanyi, Castoriadis et tant d'autres: le capitalisme échevelé mène à la guerre, l'économisme désencastré du social mène à la catastrophe, à toutes les catastrophes. Piètre consolation puisque nous n'avons pas su empêcher cette marche mortifère. Et que nos luttes ont été ignorées, moquées par les médias des milliardaires, écrasées sous la violence d'état...
Mais nous n'avons pas le choix, la lutte continue.
Car de l'autre côté, ils continuent, de plus en plus vite, de plus en plus fort, de plus en plus fou.
Ceci n'engage que moi.
JPB