Depuis quelques mois déjà l’idée trottait dans les têtes de Anne-Lena et Jean-Paul: il s'agit de proposer un cercle de débat autour de sujets de géopolitique, politique, sociologie ou culture actuels. En nous basant sur des articles et des documentaires, nous souhaitions proposer de « refaire le monde » le temps d’une soirée.
Et voilà que Hiba, réfugiée soudanaise installée à Brioude, sollicite La Loco pour parler du conflit au Soudan, suite à l’intensification du conflit fin octobre avec la prise de la ville d'El-Fasher.
Nous avons donc eu le plaisir (même si lors d’un tel sujet, nous pouvons difficilement parler de plaisir) d’inviter à notre première soirée « On refait le monde » à La Loco le mardi 25 novembre à partir de 20h autour d’un apéro dinatoire.
En présence de Hiba et deux de ses enfants, ainsi que Mojtaba, les 15 participants se sont installés autour de la table après avoir dégusté les mets apportés. Pour entrer dans le sujet nous avons regardé deux reportages (à voir ici: Le soudan en feu) qui expliquaient d’un part l’origine du conflit au Soudan et mettaient d’autre part en lumière les enjeux internationaux de ce conflit. Ainsi nous apprenions, soutenu par les analyses de Hiba et Mojtaba, que l’armée officielle du Soudan, qui est dirigée par le général Abdul Fatah Al-Bourhan, arrivé au pourvoir par un coup d’état, et la milice Force de soutien rapide (FSR) s’affrontent depuis 2023 autour de Khartoum et les territoires à l’ouest du pays. Mais ces affrontements se passent surtout au détriment des civils. Bombardements de quartiers résidentiels, exécutions en masses, viols systématiques… les horreurs se multiplient au Soudan. Sur une population de 50 millions d'habitants que compte le Soudan, 13 millions sont déplacés à l'intérieur du pays, mais aussi dans les pays voisins. Mojtaba et Hiba ont illustré la difficulté que rencontrent leurs parents, exilés en Egypte. Le statut de réfugiés n’existe pas en Egypte et les soudanais ne peuvent prétendre à aucune aide de l’Etat égyptien. Ainsi les pères de Hiba et Mojtaba sont obligés de reprendre un travail à 75 ans pour pouvoir survivre en Egypte.
Hiba a choisi de faire parler les chiffres pour présenter la situation actuelle au Soudan, le nombre d’établissements scolaires fermés, le nombre de personnes exilées, le nombre d’hôpitaux fermés … (retrouvez la présentation de Hiba ci-dessous). Seulement 60 hôpitaux sont encore ouverts mais le matériel et les médicaments y manquent. Il n’y a même pas de Doliprane ou d’Ibuprophène. Hiba a témoigné que sa petite nièce est morte car il n’y avait pas de canule pour administrer un médicament. De plus, loin de leur maison, ils ont dû enterrer le corps de l’enfant sans prêtre (Hiba et sa famille son chrétiens) dans une terre non bénie.
De plus, l’accès à l’eau potable est souvent impossible. Ainsi des maladies comme le choléra se répandent rapidement. Mojtaba a expliqué que les personnes qui ne sont pas tuées par la guerre meurent de maladie ou de faim. Une situation désastreuse.
Et pourquoi ? Selon les analyses des reportages et de Hiba et Mojtaba, il s’agit d’un conflit animé et renforcé par les EAU, la Russie, les Etats-Unis, l’Egypte, l’Ethiopie… pour pouvoir accéder aux ressources du pays : or, pétrole et l’eau du Nil. Mais aussi des enjeux géopolitiques, tel que l’implantation d’une base navale russe sur la mer rouge, renforcent le conflit. D’ailleurs, la milice FSR est soutenue par l'Africa Corps, anciennement Wagner, et des mercenaires colombiens. (À ce moment Jean-Paul nous fait remarquer que le corps expéditionnaire de l'Allemagne nazie en Afrique du Nord de Rommel pendant la deuxième guerre mondiale s’appelait également Afrika Korps – il n’y a plus de tabous).
À la fin de ces récits un silence s’installe. « Et comment la situation peut être résolue ? » demande Maguy. « Honnêtement, je n’ai plus d’espoir » avoue Mojtaba.
Hiba insiste : « Il faut parler de la situation. Cette guerre au Soudan passe inaperçue dans les médias en France. Personne n’est au courant. Pour nous ici en France, mais aussi pour nos familles et amis au Soudan, il est important de savoir qu’on pense à nous. Une ou deux minutes par jour suffissent. »
À cet effet Hiba nous a apporté des bracelets et des pin's du Soudan pour manifester notre soutien au peuple soudanais. Autour de la table l’idée est évoquée de prendre contact avec Pastèque, l’association de soutien pour la Palestine, afin de programmer une journée spéciale autour du Soudan. Si vous souhaitez porter des bracelets et des pin's pour montrer votre soutien pour le Soudan, n’hésitez pas à les récupérer à La Loco.
Ainsi prenait fin notre première édition de « On refait le monde ». Il est difficile de dire que nous avons passé une soirée sympathique, vu la gravité du sujet et l’intensité des récits. Néanmoins reste à constater que le sujet a intéressé du monde, des personnes sont venues que nous n’avions pas vu à La Loco depuis un moment, et nous avons pu faire une passerelle entre les activités de La Loco à Saint-Beauzire et notre travail de soutien aux réfugiés qui continue à Brioude. Ainsi avec la soirée « On refait le monde » La Loco a pu aider des bénévoles à réaliser leur projet et a soutenu la citoyenneté par l’accès à l'information.
À une prochaine fois.