Lors du Festisol 2025, les différentes associations œuvrant sur le territoire pour la solidarité ont présenté leurs actions sous forme de sketchs, théâtre, lectures musicales, chansons etc.
Christine de RESF 43 (Réseau Éducation Sans Frontières) et Vincent de la Loco ont mis en scène les idées reçues sur l'exil et l'immigration. En voici les dialogues:
Vincent: Mais, tu fais quoi, là, ..?
Christine: Je balaie
Vincent: Mais c’est pas le moment…
Christine: Ah c’est toujours le moment de balayer les idées reçues
Vincent: Les quoi ?
Christine: Les idées toutes faites, tu sais celle qui tombent du poste.. La télé, la radio, l’internet; ou de la bouche de ton voisin de ton collègue de travail, ta sœur…
C’est comme pour les vêtements , les idées, tu peux te les faire toi-même ou bien tu peux choisir du prêt à porter
Vincent: Du prêt à penser ?
Christine: Et ben oui, si tu ne prends pas le temps de réfléchir, si tu ne cherches pas les informations, si tu ne te poses pas de questions, tu avales ce qu’on te donne..
C’est l’histoire du « temps de cerveau disponible », formule choc de Patrick le Lay, PDG de TF1, en 2004…. ( décervelage, aliénation devant les écrans ?)
Vincent: Je peux regarder ce qu’il y a dans ta poubelle ?
Voyons voyons... « Il y en a trop… On n’est plus chez nous ». Trop de quoi ???
Christine: Ben (sur un ton un peu gêné) Regarde un peu autour de toi, tu vois bien ….
Vincent: Ah des étrangers ! Oui 500 000 par an arriveraient en France, il paraît.
Christine: C’est faux, il suffit de chercher les bons chiffres par exemple les organismes officiels d’ETAT, l’INSEE ou l’institut national de l’étude démographique, ce sont des chiffres fiables puisqu’ils reposent sur des recensements année après année.
Sur la période 2006/2022 ça donne une moyenne de 127 000 entrées.
Vincent: C’est beaucoup 127 000 !
Christine: Tu tombes dans le piège, il faut réfléchir ! : un chiffre, il ne faut pas le sortir de son contexte, il faut aussi l’analyser:
Il y a combien d’habitants dans notre beau pays ?
Vincent: Je crois qu’il y en a 67 millions environ
Christine: Alors par rapport à 67 millions, ça fait 0,002% de la population française. 2 pour mille.
Et puis pour te donner un chiffre plus parlant encore, tu sais à quel rang est la France pour l’accueil de migrants ? Devine, sur 27 pays d’Europe !
Vincent: Je ne sais pas, 3ème ? 4ème ?
Christine (au public): Vous savez, vous ?
16éme, on est bien en dessous de la moyenne européenne!
D’ailleurs (air moqueur) à ce sujet, tu sais ce qu’il a dit Croq’taillot ? Le sinistre de l’immigration ? Il a dit que la France accueillait trop et qu’il voulait ramener l’accueil au niveau de la moyenne européenne!! Drôle, non, on est bien en dessous !
Et les français aussi ils bougent ! Chaque année 200 000 qui s’expatrient ! Et ça fait en moyenne 2 millions de français qu’on appelle expatriés. Ce sont des émigrants !
Monsieur le sinistre, il faudra accepter plus d’étrangers!
Et un conseil : il faut prendre connaissance de vos dossiers!…
Pour une bourde de cette taille, toi, tu te fais renvoyer de ton boulot !!
Vincent (qui prend un papier dans la poubelle): Allez, une autre idée reçue :
La France accorde trop le droit d’asile
Alors ta réponse ?
Christine: Sur 4 demandes d’asile en France , une seule est satisfaite. En Allemagne, c’est 1 sur 2;
Ça veut dire que en France, sur les 4, il y en a 3 qui sont venus…Comme ça, par hasard, ils s ‘ennuyaient chez eux;; Ils voulaient faire du tourisme ? Un petit circuit Aventure, mieux que les japonais qui font le tour de l’Europe en 8 jours !
Vous prendrez la mer ou le désert ? Les deux, sélection pour Kolanta !
Rires
Christine: Pas de quoi rire, c’est terrifiant … ceux qui arrivent jusqu’à nous après avoir vécu l’enfer du désert, l’enfer des camps libyens, l’enfer d’une traversée avec son cortège de morts… ils sont marqués à vie par les tragédies vécues ou vues, les sévices sexuels. Et… Est ce qu’on peut imaginer le sort des filles, des femmes ?
Vincent: Bon alors là tu me donnes le bourdon…
Je peux prendre un autre papier ? « Ils ne veulent pas s’intégrer »
Christine: Et oui, au lieu de se mélanger harmonieusement, comme des ingrédients dans une recette de cuisine, ils restent en groupe, campent ensemble sous les ponts, dans des squats, dans un super camping à Calais « la jungle », tu connais? Sous les étoiles, dans la boue, le froid, c’est la pire des précarisations, la déchéance complète de dignité, la police leur rend visite, sympa !!… mais juste pour leur arracher leur tente ou les chasser… parce que la liberté de circulation, c’est ok pour les capitaux mais pas pour tous les humains, alors on les empêche d’aller en Angleterre où ils pourraient rejoindre des amis, travailler… vivre tout simplement!
Vincent (pioche 2 autres papiers): « Travailler, justement , pourquoi ils ne travaillent pas ? » « Et ils nous coutent cher! »
Christine: Ceux qui ont obtenu des papiers ont le droit de travailler, et c’est un apport positif pour la société : Ils participent à l’économie et à la fiscalité française, ils consomment , paient leurs impôts.
En France, tu mets d’un côté la contribution des immigrés en impots, taxes, cotisations sociales, et de l’autre ce qu’ils perçoivent en allocations, aides sociales, aides au logement, et même retraites, et bien ces deux variables s’équilibrent.
C’est-à-dire que les immigrés apportent à peu près autant qu’ils reçoivent.
Mais pour ceux qui n’ont pas obtenu de titre de séjour, pas de droit au travail!
Pas de papiers, pas de droit au travail, tu deviens clandestin!
C’est tout bénef pour certains patrons sans scrupules qui embauchent au noir, mais c’est là un coût pour la société;
Regarde, pas loin d’ici, au Puy, — mais c’est partout pareil! — le préfet maintient une douzaine de familles sans papiers, pour certaines depuis plus de 13 ans, même 15 ans pour une d’entre elles, ça coute à qui ?
À nous tous et toutes : c’est un manque à gagner pour les caisses de l’Etat : pas de travail, pas de cotisations sociales ! Ils ont tous des promesses d’embauche parce que les patrons sont en manque de main d’œuvre, mais leurs demandes de régularisation, pour obtenir un titre de séjour arrive rarement à une réponse positive. Sans compter le coût de chaque procédure administrative ou judiciaire l’état est arquebouté sur cette politique migratoire de rejet des migrants, les directives données aux préfets sont de plus en plus restrictives.
C’est l’état qui est responsable !
On en est à la 24eme loi sur l’immigration !! Toujours pire pour les migrants, et avec un impact négatif sur les français bien sûr, chez qui les idées reçues nourrissent la peur, le rejet !
Martin Luther King disait : il nous faut apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourrir ensemble comme des idiots
Tiens je vais te lire un petit poème tibétain, qui au fond me parle plus que les chiffres, parce que voilà il s’agit de vies d’hommes, de femmes d’enfants, comme toi comme moi, comme nous tous ….
J’ai regardé au loin
J’ai vu quelque chose qui bougeait
Je me suis approché, j’ai vu un animal
Je me suis encore approché
J’ai vu un homme
Je me suis encore approché
Et j’ai vu que c’était mon frère
…..
Christine: Oh , j’ai une idée, ce qui serait bon et beau pour tous, toutes, ce serait qu’on ait tous les mêmes droits.
Une société égalitaire, c’est une société heureuse et en bonne santé!
Vincent: Article 1 de la constitution de 1958, la France est une République Sociale qui assure devant la loi l’égalité de tous les citoyens quelque soit leur origine, leur sexe, leur religion.
Christine: Et puis.. on pourrait créer un slogan, de grandes banderoles où on écrirait ….ce qui nous tient à coeur, les incontournables,.. je en sais pas moi… par exemple, si on écrivait …..« liberté égalité, fraternité ???? » qu’est-ce que tu en penses ?

#Migrationsenquestions
La question du coût de l’immigration revient de manière récurrente dans le débat public. Est-ce que l’immigration constitue une charge économique, ou fiscale, pour l’Etat d’accueil ? Ou au contraire, est-elle un apport économique pour cet Etat ?
Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales de l’OCDE, apporte un éclairage bienvenu. Loin de céder à la simplification, il livre une analyse qui révèle la complexité de la question et invite à s’interroger sur la pertinence d’une approche uniquement articulée sur l’impact fiscal des migrations.
Si je prends dans le budget public la ligne immigration, asile, intégration c’est 1,4 milliards d’euros en 2018. Mais évidemment il ne faut pas faire le calcul comme ça. Il faut considérer la question dans sa globalité, c’est-à-dire en tenant compte, à la fois, de la contribution qu’apportent les immigrés à l’économie et à la fiscalité française, et puis aussi, à ce qu’ils reçoivent en prestations en services publics.
Donc, quand on fait ce calcul, on s’aperçoit que dans la plupart des pays de l’OCDE, les immigrés contribuent plus en impôts, en taxes et en cotisations sociales qu’ils ne reçoivent en prestations individuelles c’est-à-dire en allocation chômage, en aides sociales, en aides au logement ou même en retraites.
Dans le cas de la France finalement les deux variables s’équilibrent. C’est-à-dire que les immigrés apportent à peu près autant qu’ils reçoivent.
Mais évidemment il y a les autres dépenses publiques. Il faut tenir compte de l’éducation, de la santé. Il faut tenir compte évidemment des dépenses régaliennes – police, justice – et d’autres dépenses publiques.
Quand on fait ce calcul correctement, comme l’OCDE l’a fait en 2013, on s’aperçoit que la contribution devient négative à la fois pour les non-immigrés – les natifs – mais aussi évidemment pour les immigrés. C’est le résultat de budgets publics qui sont en déficit dans la plupart des pays de l’OCDE et en France depuis 1974.
Mais ce qu’il faut retenir finalement c’est que même si la contribution des immigrés au budget public est négative comme celle des natifs, finalement l’impact sur le budget public est petit. C’est environ ½ point de PIB dans le cas de la France.
Donc finalement, même s’il faut s’interroger sur la façon de maximiser les bénéfices et de réduire les coûts de l’immigration, la question fiscale ne définit pas la politique migratoire.