Visite à l'exposition Hans Hartung

Lundi 30 septembre à 15h, Vincent est arrivé devant Le Doyenné à Brioude où déjà onze personnes de La Loco attendaient. Nous étions réunis à grâce à Geneviève toujours à l’initiative de découvertes culturelles pour le public accompagné par La Loco, devant ce lieu de culture désormais reconnu au-delà des frontières du département pour exposer chaque année le travail de grands artistes et notamment de peintres fameux du XXème siècle. Depuis quelques mois, c’est le peintre allemand Hans Hartung qui y est à l’honneur et La Loco renouvelle l’expérience de permettre à quelques-uns de bénéficier de la visite guidée, toujours précieuse pour éclairer les œuvres présentées. Notre groupe était principalement francophone et pour les autres, nous comptons parmi nous X. qui accepta volontiers de faire l’interprète pour ses compatriotes grâce à son niveau avancé en français.

Notre guide, Amélie, nous réunit devant un autoportrait de jeunesse d’Hans Artung et commença sa présentation fort intéressante d’un pionnier de l’abstraction et tenant de l’abstraction lyrique. Des œuvres de jeunesse côtoyaient les derniers tableaux de l’artiste dans un contraste saisissant et nous allions retracer les différentes périodes jalonnant le parcours de l’artiste comprenant les ruptures mais aussi la persistance de certains motifs, tensions qui transfigurèrent toujours dans ses œuvres tout au long de sa vie ; ainsi ces poutres noires, ce passage de la lumière malgré les obstructions...

Hans Hartung fut exilé allemand en France suite à des ‘ennuis’ avec la gestapo, il vécut aussi en nomade, connu la guerre jusque dans sa chair qui lui coutât une jambe. Rien n’arrêta cependant sa créativité et notre guide nous invita à percevoir ses inspirations ou des correspondances avec d’autres artistes (les primitifs ici, Picasso là ; De Stael, l’art  Africain etc.) dans telle ou telle œuvre. Elle nous laissa aussi le soin de nous en remettre à nous-mêmes et à notre imagination nous proposant des interprétations que lui avaient fait des visiteurs précédents. Hans Hartung ne donna point de titre à nombre de ses œuvres, quelques chiffres et lettres facilitant leur ordonnancement temporel et permettant de les identifier seulement, ce qui au dire de notre guide et cela confirmé par notre propre expérience, permettait au spectateur de ne pas être prisonnier de la contrainte qu’un titre peut porter avec lui sur une œuvre.

Certains se libérèrent d’ailleurs de la contrainte des mots pour aller au contact des œuvres qui retenaient leur attention afin de prendre des photos, d’y accéder directement ou avec leurs amis sans le prisme des explications et c’est bien ce qu’offre les œuvres, une communication qui peut se passer du langage, une expérience esthétique qui nous touche au-delà des mots. Fût évoquée une date sur l’un des murs par l’un des participants, l’occasion d’évoquer le lointain passé où fut construit le magnifique plafond du Doyenné il y a près de 800 ans.

Image
Hans-Hartung


L. posa une question à propos de la connaissance de l’artiste de l’art africain qui semblait irriguer une série de tableaux exposés et tel que l’avait évoqué Amélie. Elle répondit que les tableaux dataient d’une période où l’art Africain fut porté à la connaissance des artistes en France. Le temps pressant elle ne put qu’avec regret proposer de répondre aux autres questions qu’il formulait ultérieurement. La visite se termina et à l’initiative du traducteur du jour la photo de groupe que nous avions sollicité fut faite devant un triptyque de tableaux verticaux dont nous avions reçu des éléments de compréhension auparavant composé de différentes formes et motifs assemblées à la manière de totems amérindiens.

Alors que nous attendions l’arrivée d’Anne-Léna et Lucas qui se chargeaient du trajet jusqu’au CADA, Vincent s’entretint quelques instants avec L. revenant sur les questions qu’il avait posé mais aussi sur le thème de l’espoir (persistant dans les œuvres de Hans Hartung malgré les temps troublés qu’il avait traversé et qu’il avait persisté à laisser transparaître par la lumière toujours présente sous une forme ou une autre dans ses tableaux). Ils évoquèrent par métaphore le soleil toujours brillant même quand le ciel est plein de nuages gris ou qu’il fait nuit noire de notre côté du globe, du souffle fait élan vital qui va chercher l’air instinctivement quand le corps vient à en manquer, de ce qui ne peut nous être enlevé en nous d’être la source de notre force.

L. me dit que son grand père lui a parlé un jour, comme parlent parfois les grands-pères du monde entier à leur petits-enfants et il vous révèlera avec plus de justesse s’il le souhaite les mots qu’il lui avait prononcé, mais je peux témoigner qu’il avait dû lui parler avec son cœur et que L. porte encore en lui ce message qui invitait à se tenir confiant dans la vie même et surtout quand nous pourrions être tentés de n’y plus percevoir rien de bon, que le sombre semble avoir presque tout conquis dans un tableau de Hartung mais que la lumière n’a point abandonné.

Un petit mot de L.
Lundi 30/09/2024 vers 15H, la Loco a accompagnée 10 demandeurs d’asile de Saint-Beauzire au musée Brioude pour une visite guidée.
Les œuvres du peintre français HANS HARTUNG (1904-1989), qui exprime une liberté farouchement indépendante d’esprit et de spontanéité. Malgré son handicap physique, son art lui a donné un nom et une renommée.
La morosité dans ses portraits donnent toujours une lueur d’espoir qui cherche à décrire un état futur normal par des couleurs froides, qui expriment peut-être la confiance à la loyauté, l’équilibre et surtout la renaissance.

Nos amis repartis pour le CADA, nous prirent le temps d’échanger avec Geneviève de nos aventures, de la famille qui se rassemble face au péril, de la houle qui secoue O. lorsqu’il est sur la mer au large de la côte espagnole et qui qui continue de tanguer face à l’injustice quand il revient sur la terre ferme ; et de la lumière, de la force, de l’espoir il en fut aussi question.

« Espoir chevillé au corps d’un proche retour à la lumière, 
L’air libre, la vie, la vraie, sans chaines ni barrières…
Magie, enchantement, féérie, bonheur d’un rêve insensé
Qui est  là, à bout de bras, ivresse de la liberté retrouvée !... »

Strophe de circonstance du poème de Geneviève Réfugié lu lors du dernier Festisol, illustrant le phoenix de feu, transmutation libératrice irradiant l’un des derniers tableaux d’Hans Hartung.

Vendredi 4 octobre 2024

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