En tandem au Puy en Velay

Vendredi j’ai donc pris le train à 10h 44 à Brioude, direction le Puy en Velay pour y rejoindre Mylène et Didier. Me voici en week-end, une occasion de parler français avec eux…

Ce n’est pas en tandem que je suis parti au Puy en Velay. Mais alors pourquoi parler de tandem ?

« Afin de soutenir la rencontre entre les bénévoles et les réfugiés accueillis au sein du CADA de Saint Beauzire, l’équipe de la LOCO propose des ‘Tandem’… Des bénévoles qui accueillent des réfugiés pour un temps : le temps d’aller faire des courses, le temps d’une visite d’un site, le temps d’un café, d’une soirée, d’un week-end. Ces temps de rencontre développent les liens personnels de chaque réfugié avec des français par le parrainage. Les bénévoles soutiennent chaque réfugié dans ses démarches économiques et administratives. De façon formelle ou informelle, ces échanges soutiennent des activités de découvertes culturelles et de loisirs. »

Le lendemain, samedi, j’avais une journée de formation civique dans le cadre du contrat d’intégration que j’ai signé avec l’OFII. Didier m’a conduit au lieu de la formation. Arrivé au point de rendez-vous, j’ai rencontré Christine, la professeure de ce jour. Nous étions 18 invités et seulement 11 à être présents. Parmi ces 11, il y avait une famille syrienne de trois personnes, une maman avec ses deux garçons de 22 et 14 ans. On nous a parlé de l’histoire de France… et des différentes institutions qui seront importantes pour nous : Pôle Emploi, la CAF, la Sécurité Sociale…

La professeure a été surprise d’apprendre que je venais de Saint Beauzire. Elle m’a demandé si je repartais là-bas. Je luis ai dit que je restais chez des amis. C’est important parce qu’avec eux je parle en français et que je peux faire des progrès.

Libéré à 16h, je suis parti avec Didier pour faire un tour dans la ville du Puy. Ce week-end est celui des fêtes Renaissance. « Comme chaque année la 3e semaine de septembre, la ville du Puy-en-Velay revêt ses plus belles couleurs Renaissance pour nous faire revivre un 16ème siècle grandeur nature ! Les Fêtes Renaissance du Roi de l'Oiseau offrent à la cité en liesse de multiples occasions de plonger dans une véritable page d'histoire vivante : scènes de vie quotidienne, campements marchands ou militaires, spectacles, bals, saltimbanques, musiciens, marché d'époque, concours de tir à l'arc, défilés historiques, escarmouches partout en ville... »

En premier, nous nous sommes dirigés sur le site incontournable, le grand marché Renaissance du Roi de l’Oiseau… Il avait lieu sous les arbres du Jardin Henry Vinay. Il y avait énormément de monde… et nous sommes passés devant une centaine d’échoppes (Bijoux, vêtements, cuir) … Nous avons acheté des nougats… Délicieux mais très chers…En sortant de ce marché médiéval, nous avons pris la direction du centre-ville ou d’autres spectacles avaient lieu…

En tandem au Puy en Velay

De retour à la maison, j’ai partagé avec eux la soirée… j’ai pu me rendre compte que certains des sacs vendus par la LOCO étaient bien confectionnés par Didier.

Au programme de la soirée télé : GOOD DOCTOR…

Le dimanche matin, Didier poursuivait ses sacs en attendant que les autres habitants de la maison se réveillent.

A midi, Mylène avait invité sa sœur. Je la connaissais car nous étions ensemble pour les fêtes de Noël.

Après le repas, Nous avons pris la direction du Chambon/Lignon pour aller voir l’exposition de CHAGALL. Didier m’a parlé de ce que les habitants de ce village ont fait lors de la seconde guerre mondial :

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Chambon et les communes voisines accueillent des réfractaires au STO et se rendent célèbres par l'action de leurs habitants pour aider les Juifs. L'historien François Boulet a forgé la notion de Montagne-refuge pour caractériser cet accueil singulier, notion reprise par d'autres historiens.

En tandem au Puy en Velay

Arrivés en 1934, le pasteur en titre de la paroisse André Trocmé et sa femme Magda, fondent en 1938 l’École nouvelle cévenole qui deviendra le Collège Cévenol8. Ils s'attachent à sauver des personnes juives, menacées de déportation vers les camps de concentration. Tous deux poussent les villageois (essentiellement des protestants dont la mémoire de leur propre persécution est encore vive) à les accueillir dans leurs maisons et dans les fermes des alentours, ainsi que dans des institutions publiques. L'autre pasteur, Édouard Theis, directeur de l’École nouvelle cévenole, accueille aussi bien des professeurs que des enfants juifs. À l'approche des patrouilles allemandes, les personnes hébergées partent se cacher dans la montagne. Après leur départ, les habitants vont dans les bois en chantant une certaine chanson pour prévenir les Juifs que le danger est écarté. »

Dans le cadre des journées du Patrimoine, nous avons eu la surprise de découvrir que l’entrée de l’exposition de CHAGALL était gratuite.

Le Mémorial de la Shoah et Lieu de Mémoire du Chambon-sur-Lignon invitent à découvrir l’exposition « Chagall, d’une rive à l’autre ».

« A travers des toiles et des dessins issus de collections particulières, l’exposition « Chagall, d’une rive à l’autre », propose de plonger dans l’univers magique d’un des plus grands peintres de son temps.

Poétique, vibrante, son œuvre est la synthèse unique d’une vie marquée par la culture juive d’Europe de l’Est et les grands bouleversements du XXe siècle.

Indissociable de son époque, l’œuvre de Marc Chagall, par la puissance de l’émotion qu’elle dégage, demeure pourtant intemporelle.

Au total, 23 œuvres seront présentées dans cette exposition. »

De retour au Puy en Velay, Mylène nous a laissé, Didier et moi, pour que nous allions voir le grand défilé de clôture des Fêtes du Roi de l’Oiseau. Ce fut pour moi l’occasion d’admirer les superbes costumes et les dizaines de groupes de saltimbanques présents dans cette parade qui traversaient la ville du Puy en empruntant les rues de la vieille ville.

Dans ce grand défilé, un marionnettiste s’est arrêté à notre niveau… Et j’ai pensé à Walid, mon ami syrien du CADA. Je lui ai envoyé une petite vidéo.

Ce week-end est passé très vite… Contrairement à ce que j’ai dit des week-ends passés au CADA.

« Quand je suis arrivé au CADA, j’ai été accueilli par Sandra et Natacha. Elles étaient venues me chercher à la gare et m’ont fait visiter le CADA. Malgré cet accueil, j’avais peur de ce qui pouvait m’arriver : que l’OFPRA rejette ma demande. Cela m’est arrivé en Finlande. J’avais eu trois réponses négatives et ensuite j’avais été renvoyé dans mon Pays, en Irak, où j’ai été menacé de mort, comme mon papa l’avait été.

Petit à petit, je me suis fait des amis à Saint Beauzire, mais c’était tout de même difficile pour moi, car je restais avec mes peurs et mes angoisses. J’ai été rejeté par l’OFPRA. Cela m’a beaucoup blessé. J’ai attendu de passer à la CNDA, avec toujours cette peur au ventre d’être obligé de repartir. Pour me changer la tête et oublier cette peur, j’ai participé aux activités proposées par la LOCO et les bénévoles. J’assistais aux cours de Code de la Route, de français et j’ai fait la formation d’Initiateurs Sportifs. J’ai donc été auprès des enfants de l’Accueil de Loisirs de Brioude et de l’école de Saint Beauzire pour les former à divers sports. Je suis aussi allé plusieurs fois chez des bénévoles dans le cadre des tandems.

Mais j’appréhendais toujours les week-ends. Le samedi et le dimanche j'étais très inquiet sans activité : ces deux jours duraient comme si c'était un mois. »

 

Dimanche 18 septembre 2022
Fichier(s) à télécharger